Je veux un accès direct, sans mandat, aux données de Bob Paulson de la GRC

Le 25 novembre dernier, le commissaire de la GRC, Bob Paulson, 57 ans, a annoncé son désir d’accéder sans mandat aux renseignements personnels des utilisateurs du Web au Canada. On peut lire dans un article de La Presse à ce sujet:

Le commissaire de la Gendarmerie royale du Canada (GRC), Bob Paulson, a affirmé, mercredi, que les forces policières devraient avoir accès aux renseignements personnels de base des abonnés de services Internet sans mandat afin de traquer plus efficacement les prédateurs sexuels et les autres criminels qui sévissent en ligne.

«Je suis pour l’accès sans mandat aux informations de l’abonné», a dit M. Paulson lors d’une conférence sur la sécurité, en comparant le processus à son passé de policier, où il faisait la saisie des données des plaques d’immatriculation.

Or, ce genre de pratique est tout à fait illégale et va entièrement à l’encontre des droits et libertés des citoyens du Québec et du Canada. Ce que cette sortie publique insinue, c’est que techniquement tous les citoyens sont des criminels ou des terroristes potentiels (et les définitions de « criminels », « terroristes » ou « menace à la nation » restent très floues pour eux) et que la police doit avoir accès à leurs informations privées pour mieux les protéger. Ce qui fait, évidemment, sursauter la Cour et les médias.

D’ailleurs, l’article de La Presse continue de la sorte:

En juin dernier, la Cour suprême du Canada avait statué que la police devait avoir l’autorisation d’un juge pour accéder aux données relatives aux activités d’un usager sur le web.

Le plus haut tribunal du pays avait rejeté la notion selon laquelle la loi fédérale sur la vie privée autorise les sociétés à divulguer volontairement l’identité de leurs clients.

Cette décision, pleine de sens, amène un certain contrôle par rapport aux pouvoirs des autorités policières, particulièrement lorsque celles-ci veulent faire un audit de la vie privée d’un individu. Cela impose que les autorités arrivent avec un dossier complet, et une raison suffisante, pour qu’un magistrat accepte de mettre son nom sur un mandat.

Ce que le commissaire de la GRC demande, c’est ni plus, ni moins, le droit d’avoir accès, en tout temps, aux données de tous les citoyens, sans devoir rendre de compte à quiconque.

Entendons-nous, cela est un viol extrêmement grave de la vie privée des citoyens du pays.

Or, voici comment les chefs de police du pays tentent de justifier ce genre de pratique:

Le temps est venu de discuter publiquement des meilleures manières de prévenir toute forme d’exploitation dans le cyberespace, a dit M. Paulson.

Les alliés comme les États-Unis, la Grande-Bretagne, l’Australie et la Nouvelle-Zélande sont confrontés à la même question, a ajouté le commissaire.

«Nous luttons tous contre cela. Il est difficile de garder les gens en sécurité sur Internet actuellement», a-t-il lancé.

La première chose à remarquer dans cette justification, ce sont tous les pays nommés par Bob Paulson.

Le Canada, les États-Unis, le Royaume-Uni, la Nouvelle-Zélande et l’Australie sont les membres d’une alliance que l’on appelle « Five Eyes« , qui s’est formée suite à la signature de l’accord UKUSA en 1946.

Ce que cette alliance permet, c’est la collecte et l’échange entre les membres de milliards de renseignements électromagnétiques partout dans le monde, particulièrement sur les citoyens des cinq pays mentionnés.

En 2013, Edward Snowden a rendu public beaucoup des programmes illégaux d’espionnage de la part des membres des Five Eyes. Il a par ailleurs mentionné que les Fives Eyes était « « une agence de renseignement supranationale qui ne répond pas aux lois de ses propres pays membres » ». Les programmes illégaux d’espionnage qu’il avait alors mis au jour étaient Prism, XKeyscore, Tempora, Muscular et Stateroom.

Ce que la GRC veut faire, en gros, c’est participé plus activement à ce genre de pratique. Même si tout démontre que ce genre de programme ne fonctionne pas, rien n’indique que la GRC n’y participe pas déjà… malgré les décisions de la Cour Suprême du pay, et malgré les analyses qui démontrent que ces programmes illégaux d’espionnage n’ont pas aidés les forces de sécurité.

Bref, la conclusion logique à tirer lorsqu’on assiste à ce genre de sortie publique de la part du commissaire de la plus haute police du pays, c’est qu’il a échoué dans son rôle de leader de la police nationale.

Qu’il considère plutôt qu’il faille avoir recours à des programmes illégaux pour protéger les citoyens.

Qu’il n’a pas su moderniser ses équipements, ses pratiques, ses employés, son administration.

Qu’il n’a pas su faire comprendre et entendre les véritables enjeux modernes à la classe politique canadienne, et plutôt demander un financement adéquat. Qu’il n’a pas su convaincre les médias sur la nécessité de revoir l’infrastructure et la structure de la GRC. Qu’il constate, au fond, que les citoyens ne font plus confiance aux forces policières, et que la police préfère contourner ceux-ci, et ultimement se mettre en opposition par rapport aux citoyens.

Bref, c’est un constat d’échec.

C’est pourquoi je demande à la GRC, et particulièrement à Bob Paulson, d’avoir accès directement, sans mandat ou droit de regard, à ses informations personnelles. Pour son bien. Car je crois qu’il est peut-être sous l’effet d’une mauvaise influence et fait ainsi de mauvaises décisions qui peuvent être dangereuses pour la sécurité nationale.

Je lui demande donc immédiatement de me donner accès à ses courriels, ses comptes Facebook, tous ses comptes sur tous les sites (même peut-être ceux d’adultère, qui sait?), ses comptes de banques, son cellulaire, ses textos, ses photos, la caméra et le micro de son cellulaire, ses ordinateurs, son véhicule (qui doit avoir un système de guidage). J’aimerais peut-être également installer des caméras et un micro chez lui. Au cas. Juste au cas. Pour son bien.

En gros, ce que je lui demande, c’est de me permettre de le protéger convenablement.

NOTE: À ce sujet, si vous êtes intéressés d’apprendre a protéger vos données contre l’espionnage illégal de la part de quiconque, Crypto.québec organise un atelier à ce sujet, le 3 décembre prochain.

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Publié par

Luc Lefebvre

Luc Lefebvre

Entrepreneur, geek, activiste et créature politique avec plus d'une quinzaines d'années d'expérience en communication et sécurité. Actuellement directeur sénior dans un cabinet conseil de Montréal, il supervise les opérations et cybersécurité et communication numérique.