Quatre conseils pour manifester avec plus de sécurité

Les manifestations sont la démonstration de la vitalité démocratique d’une société. Malheureusement, que ce soit dans la poursuite d’activités pacifique, d’arrestations « préventives » ou suivant des actes de désobéissance civile, les manifestations sont un lieu favorisant la surveillance et où les droits des citoyens sont fréquemment bafoués. Ainsi, pour ces situations favorables à une surveillance ciblée, où l’utilisation d’appareils numériques peuvent devenir des sources de vulnérabilité, voici quatre conseils pour vous préparer adéquatement.

Cette chronique à d’abord été publiée dans la revue « À bâbord »

Auteure: Anne-Sophie Letellier

1. Désactiver la fonction de verrouillage biométrique sur l’écran d’accueil de son téléphone intelligent

Si la méthode d’authentification biométrique (empreintes digitales ou reconnaissance faciale) est facile et relativement sécuritaire, elle facilite le déverrouillage (et donc l’accès physique à l’entièreté du contenu du téléphone) sans le consentement de l’utilisateur: il est facile de prendre la main d’un individu et d’apposer le pouce à l’endroit indiqué pour déverrouiller le téléphone. Contrairement à cela, un appareil protégé par un mot de passe requiert une coopération de la part de l’usager.  Note: un policier doit impérativement détenir un mandat de la Cour pour déverrouiller un appareil sans le consentement de l’utilisateur. Les forces de l’ordre sont néanmoins en droit de saisir ledit appareil;  nous menant au second conseil.

2. Chiffrer le disque dur de l’appareil mobile

Le verrouillage de l’écran d’accueil n’est pas une solution à toute épreuve: si le téléphone est saisit, il est possible d’y récolter le contenu du disque dur. Le chiffrement de ce dernier permet donc de rendre tout son contenu illisible et ce, dès que téléphone est mis hors-tension. De cette manière, si la situation permet de le faire de manière sécuritaire, fermer son téléphone est une précaution supplémentaire pour protéger son contenu. Le chiffrement du disque dur se fait par défaut sur les téléphones iOS, mais doit être configuré sur les plateformes Android. Pour des tutoriels à cet effet, rendez-vous sur le site de l’École de sécurité numérique (https://www.esn514.net/chiffrer-son-appareil-mobile/)

3. Utiliser des modes de communication sécurisés

La communication par Facebook, Gmail ou encore par les messageries texte usuelles rendent vos communications particulièrement vulnérables. D’abord, parce qu’elles peuvent être potentiellement être interceptées en transit, mais aussi parce que ces messages échangés restent accessibles aux fournisseurs de services qui peuvent ensuite donner l’accès aux forces de l’ordre en cas de requête. C’est pourquoi, autant en manifestation que quotidiennement, il est encouragé d’utiliser des applications qui chiffrent vos communications de « bout en bout ». Sommairement, ces applications mélangent vos messages et les rendent illisibles pour des adversaires qui tenteraient de les intercepter: leur seul moyen de pouvoir lire le message est d’obtenir un accès physique à votre appareil ou à celui de la personne avec qui vous communiquez. Une des applications les plus sécuritaires et facile d’utilisation pour cela est « Signal private messenger ». L’application comporte de nombreuses fonctionnalités (appels, textos, positionnement géographique, appels vidéo, emojis, etc.) et peut être téléchargée à partir de votre fournisseur d’applications.

4. Les photos et vidéos sur les médias sociaux

Documenter une manifestation est quelque chose d’important: les photos et les vidéos servent tant à solidifier le mouvement qu’à tenir imputables les forces de l’ordre. Néanmoins, il importe de se montrer prudent quant à la nature des photos et des vidéo publiées. Elles peuvent  être utilisées contre les manifestants, particulièrement dans un contexte où la veille des médias sociaux restent la technique d’enquête la plus employée par les forces de l’ordre dans la surveillance des manifestations. Pour prévenir cela, il est d’abord recommandé d’éviter de capter les visages de manifestant (favoriser les prises de dos). Sinon, l’application « ObscuraCam » permet de flouter les visages qui apparaîtraient sur une photo tout en conservant ses métadonnées – signifiant que votre photo peut devenir une preuve recevable. Il s’agit-là d’une manière toute simple de protéger vos allier et de tenir vos adversaires imputables!

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